C'est curieux, l'espèce humaine se comporte exactement comme une espèce invasive : elle consomme toutes les ressources qu'elle trouve à sa disposition, sans retenue, elle pullule et prospère, et le biotope concerné ne s'en remet pas. Un jour ces ressources seront épuisées, et alors il s'établira un équilibre à un niveau minable par rapport au niveau de l'expansion insensée.
La meilleure comparaison qui me vient à l'esprit est celle de l'arrivée de la pyrale du buis chez nous en 2016. Elles se sont multipliées de façon explosive, on en voyait en masse partout où il y avait des buis, et elles les ont tous ratiboisés. Maintenant que tous les buis ont été bouffés, il ne subsiste plus d'un côté que des squelettes de buis miteux avec juste quelques feuilles, et de l'autre quelques rares pyrales qui font ce qu'elles peuvent loin de leur splendeur insolente d'antan.
On peut penser que c'est ce qui va arriver à l'espèce humaine : quand elle aura consommé toutes les ressources à sa disposition, elle va péricliter et ne plus subsister que raréfiée et à un niveau médiocre dans un monde bien abîmé.
Mais pourtant l'espèce humaine ne vient pas d'ailleurs ? Elle est bel et bien apparue dans ce monde suite à une lente évolution ? Ce n'est pas comme si elle était brusquement arrivée d'une autre planète ? A moins de considérer qu'Homo sapiens est devenu invasif quand il a quitté l'Afrique il y a quelques centaines de milliers d'années, comme la pyrale du buis est devenue invasive quand elle a été fortuitement importée de son milieu d'origine, l'extrême-orient ?
Mais en extrême-orient, la pyrale du buis est restée en équilibre prospère avec son milieu, alors qu'Homo sapiens pille aussi l'Afrique son milieu d'origine. De plus la pyrale du buis n'a jamais éprouvé spontanément le besoin ni l'envie de s'exporter ailleurs, c'est uniquement la prolifération des moyens de transport qui l'a embarquée sans lui demander son avis, alors que pour les humains l'expansion a été volontaire. Ceci dit si la pyrale n'est pas sortie d'extrême-orient avant le 21ème siècle c'est sans doute uniquement aussi parce qu'elle aurait dû franchir des milieux qui ne lui étaient pas propices, et dans le cas contraire elle se serait aussi sans doute expansée tout comme les humains.
C'est donc très bizarre. Y a-t-il d'autres exemples connus d'espèces non venues d'ailleurs qui se seraient développées sur place de manière explosive en pillant toutes leurs ressources, puis auraient ensuite régréssé une fois les dites ressources épuisées ? Personnellement je n'en vois pas, surtout avec une telle rapidité (300.000 ans). A ma connaissance, quand des espèces ou des groupes d'espèces ont périclité et disparu, c'est parce que leur environnement s'était progressivement modifié, à la vitesse géologique, et non pas parce qu'elles avaient tout pillé en moins de deux.
Nous serions donc un cas unique de sélection naturelle darwinienne. Celle-ci aurait sélectionné une évolution tellement performante sur le plan de l'efficacité à prospérer que l'espèce concernée ne peut être qu'un feu de paille à l'échelle géologique, la boucle de rétroaction étant proportionnelle à l'efficacité mise en oeuvre : plus tu prédates vite et bien, plus vite il n'y a plus grand-chose à prédater et finalement tu ne peux que stagner.
On entend toujours "il faut sauver la planète !", "sauvons la planète !", pour nous inciter à faire des efforts pour ne pas tout consommer trop vite.
Mais en fait, on peut consommer autant de lithium, d'uranium, de pétrole, de charbon, de forêt, on peut rejeter autant de CO2, de plastique, qu'on veut, la planète elle s'en fout, elle continuera d'exister, sous une forme ou une autre ça n'a pas d'importance pour elle. Non c'est nous qu'il faut sauver, parce que nous effectivement on risque de morfler. Donc le message devrait plutôt être "sauvons l'humanité, sauvons-nous !", ce qui serait bien plus angoissant mais bien plus mobilisateur, et bien moins hypocrite.
Peut-être aussi que nous ne sommes tout simplement pas encore arrivés à l'équilibre naturel : nous n'avons pas encore atteint l'équilibre consommation/ressources, et notre état actuel n'est pas encore l'état stable et définitif, destiné à durer jusqu'à ce qu'un changement majeur du milieu sélectionne une autre espèce ?